Les chambres de commerce réclament une stratégie nationale et des États Généraux
Une étude portée par le Regroupement des chambres de commerce du Grand Montréal,
en collaboration avec Aviseo Conseil et avec l’appui de la Communauté métropolitaine de Montréal,
met en lumière un double risque : le déclin de la population active de la métropole et la hausse simultanée du ratio de dépendance, une combinaison qui pèserait lourdement sur l’économie et les finances publiques du Québec.
MONTRÉAL, le 23 septembre 2026 — Le Regroupement des chambres de commerce du Grand Montréal dévoile aujourd’hui une étude sur l’immigration et l’avenir démographique du Grand Montréal, réalisée en collaboration avec Aviseo Conseil. Appuyée notamment sur une modélisation économique et un sondage mené auprès de 470 entreprises, l’étude conclut que les politiques actuelles risquent de placer la métropole devant un double choc : une contraction de sa population active, en parallèle d’une hausse marquée du ratio de dépendance. Cette combinaison aurait des conséquences économiques majeures, ajouterait une pression importante sur les finances publiques et se répercuterait dans l’ensemble du Québec.
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Devant l’ampleur du défi, le Regroupement formule quatre grandes demandes au prochain gouvernement : mettre en place des politiques et des seuils d’immigration qui renverseront le déclin démographique prévu du Grand Montréal; tenir des États Généraux sur l’avenir démographique du Québec; établir un cadre d’analyse québécois indépendant de la capacité d’accueil; et mieux arrimer l’immigration aux besoins du marché du travail.
Moins de travailleurs et davantage de personnes à soutenir
Selon le scénario de référence étudié, le Grand Montréal pourrait perdre environ 142 000 habitants d’ici 2051, dont plus de 113 000 dès 2035. Le recul toucherait particulièrement les personnes de 20 à 64 ans. Parallèlement, le ratio de dépendance démographique — soit le nombre de jeunes et de personnes âgées par rapport à la population en âge de travailler — passerait de 51,7 en 2025 à 63,2 en 2051. Le Québec compterait ainsi proportionnellement moins de travailleurs pour soutenir une population aux besoins croissants.
Entre 2022 et 2024, la croissance démographique du Québec a entièrement reposé sur l’immigration. Dans le Grand Montréal, la croissance de l’emploi dépend également de l’apport de personnes immigrantes. La combinaison d’un bassin de travailleurs en diminution et d’un ratio de dépendance en hausse freinerait la croissance, réduirait les revenus potentiels de l’État au moment même où les besoins en santé et en services sociaux s’accentueraient, exerçant une forte une forte pression sur les finances publiques. Comme la métropole constitue le principal bassin économique, fiscal et de main-d’œuvre du Québec, ces effets toucheraient les entreprises, les services publics et les chaînes de valeur de toutes les régions.
« Le Québec ne peut pas se permettre le déclin démographique de sa métropole, encore moins lorsqu’il s’accompagne d’une hausse aussi importante du ratio de dépendance. Moins de travailleurs et davantage de besoins, c’est une équation qui fragiliserait notre économie et ajouterait une pression majeure sur les finances publiques partout au Québec. La question posée aux partis est simple : acceptent-ils cette trajectoire? Sinon, quel est leur plan pour la renverser? »
— Jean-Denis Charest, président-directeur général de la Chambre de commerce de l’Est de Montréal
Quatre grandes demandes issues de l’étude
- Renverser le déclin démographique prévu du Grand Montréal. Assurer la mise en place de politiques et de seuils d’immigration qui renverseront le déclin démographique prévu de la région métropolitaine de Montréal, en s’appuyant sur le scénario deux comme base de réflexion. Cette planification doit reposer sur une vision à long terme et considérer ensemble l’immigration temporaire et permanente.
- Tenir des États Généraux sur l’avenir démographique du Québec. Regrouper la société civile afin d’établir une vision concertée, une stratégie nationale et un plan d’action spécifique pour renverser le déclin démographique du Grand Montréal. Cette démarche doit notamment réunir les villes, les chambres de commerce, les syndicats, les organismes et les experts.
- Mettre en place un cadre d’analyse québécois indépendant de la capacité d’accueil. Établir une définition commune, des indicateurs et des outils de mesure afin d’évaluer l’évolution de la capacité d’accueil selon les régions et les profils d’immigration, puis agir pour la renforcer.
- Mieux arrimer l’immigration aux besoins du marché du travail. Prioriser l’immigration économique, qualifiée et francophone et l’arrimer aux besoins du marché du travail. Cet arrimage passe aussi par une reconnaissance accélérée des compétences dans les secteurs prioritaires et par la rétention de personnes déjà établies, francisées et intégrées au Québec.
La capacité d’accueil n’est ni uniforme ni immuable
Le Regroupement reconnaît les pressions réelles qui s’exercent sur le logement, la santé, l’éducation, les services de garde, le transport et la francisation. Il estime toutefois que la notion de capacité d’accueil demeure peu documentée, mal définie et trop souvent envisagée comme un plafond uniforme.
Cette capacité varie d’une région à l’autre, au sein même d’une région et selon le profil des personnes accueillies. Elle évolue aussi en fonction des investissements et des choix de société. Un travailleur de la construction, de la santé, de l’éducation ou des services de garde peut, par exemple, contribuer directement à accroître la capacité que l’on cherche à protéger. Ainsi, avant de conclure qu’elle est atteinte, il est donc nécessaire de préciser où et selon quels indicateurs elle l’est.
« Le Québec doit se donner une vision commune de son avenir démographique. C’est tout le sens des États généraux que nous proposons. Il faut sortir des changements de cap répétés et planifier une immigration calibrée, prévisible et arrimée à nos besoins économiques et à notre capacité d’accueil. Pour Montréal, l’enjeu est aussi de préserver son statut de grande ville étudiante et de mieux retenir les talents déjà formés et intégrés ici. Cela exige des parcours plus clairs et le développement d’une réelle expertise d’accueil et d’intégration. »
— Isabelle Dessureault, présidente et cheffe de la direction de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain
« L’étude des chambres de commerce envoie un signal clair : l’évolution démographique du Grand Montréal aura des conséquences très concrètes à long terme sur la main-d’œuvre ainsi que sur la planification des logements, des transports et des infrastructures. Ces données doivent servir de point de départ à un dialogue ouvert sur la trajectoire démographique de la métropole et sur les conditions nécessaires à la prospérité du Grand Montréal et du Québec, dont il demeure le cœur économique. »
— Massimo Iezzoni, directeur général de la Communauté métropolitaine de Montréal
Planifier ensemble l’immigration temporaire et permanente
L’étude insiste sur la nécessité de ne plus traiter séparément l’immigration temporaire et l’immigration permanente. Les travailleurs et étudiants temporaires vivent déjà au Québec, participent au marché du travail et constituent une partie du futur bassin de résidents permanents. Leur accession à la résidence permanente ne constitue pas une nouvelle arrivée; à l’inverse, leur départ représente la perte de personnes déjà formées, francisées et intégrées au Québec.
Le Regroupement recommande notamment d’augmenter la proportion de résidents permanents issue du bassin temporaire, de maintenir le Programme de l’expérience québécoise et d’en faire un vecteur prioritaire pour retenir les personnes dont le profil répond aux besoins du Québec. Il demande aussi de prioriser une immigration économique, qualifiée et francophone, tout en accélérant la reconnaissance des compétences dans les secteurs prioritaires.
Les entreprises ont besoin de continuité et de prévisibilité
L’enjeu est déjà concret pour les entreprises. Parmi celles qui ont répondu au sondage, 85 % embauchent ou prévoient embaucher des personnes immigrantes et 77 % associent cette contribution au maintien de leurs activités courantes. La principale motivation invoquée est le manque de travailleurs disponibles localement, tandis que 70 % des employés immigrants occupent des fonctions de gestion, professionnelles, techniques ou spécialisées.
Les changements fréquents de règles créent un effet de balancier qui complique la planification des recrutements et des investissements des entreprises, bouleverse les parcours de personnes qui ont étudié, travaillé et construit leur vie au Québec et complique la planification du logement, de la francisation et des services. Cette instabilité peut même affaiblir la capacité d’accueil en faisant perdre des travailleurs nécessaires à la construction de logements ou à la prestation de soins et de services essentiels.
Le Regroupement rappelle enfin que le Québec ne doit pas choisir entre immigration et productivité. L’automatisation, l’investissement technologique et l’accès à une main-d’œuvre qualifiée sont des leviers complémentaires pour répondre au vieillissement de la population et préserver la compétitivité des entreprises.
Un appel aux partis politiques
Alors que l’avenir de la métropole est peu présent dans la campagne électorale, le Regroupement invite chaque formation politique à préciser sa vision démographique et économique pour le Grand Montréal et l’ensemble du Québec. Il demande des engagements clairs sur ses quatre grandes demandes : renverser le déclin démographique prévu du Grand Montréal, tenir des États Généraux sur l’avenir démographique du Québec, créer un cadre d’analyse québécois indépendant de la capacité d’accueil et mieux arrimer l’immigration aux besoins du marché du travail.
Le développement de la métropole et celui des autres régions ne s’opposent pas. Les besoins et les priorités diffèrent d’un territoire à l’autre, mais les conséquences d’un déclin du Grand Montréal toucheraient toute la province. Le Québec doit planifier son avenir à l’échelle provinciale, non pas en opposant les territoires les uns aux autres, mais en misant sur une approche concertée pour répondre à ses besoins et assurer sa prospérité.
À propos du Regroupement des chambres de commerce du Grand Montréal
Le Regroupement des chambres de commerce du Grand Montréal rassemble des chambres actives sur l’ensemble du territoire métropolitain afin de porter une voix concertée sur les enjeux économiques, démographiques et de main-d’œuvre qui touchent leurs entreprises et leurs communautés. Cette étude est une initiative du Regroupement, réalisée en collaboration avec Aviseo Conseil et avec l’appui de la Communauté métropolitaine de Montréal.
Chambres participantes : Chambre de commerce du Montréal métropolitain, Chambre de commerce et d’industrie de la Rive-Sud, Chambre de commerce et d’industrie de Laval, Chambre de commerce et d’industrie du Grand Roussillon, Chambre de commerce et d’industrie de Vaudreuil-Soulanges, Chambre de commerce de l’Ouest-de-l ’Île-de Montréal, Chambre de commerce et d’industrie Saint-Laurent-Mont-Royal, Chambre de commerce de Montréal Centre Sud-Ouest, Chambre de commerce et d’industrie de Montréal-Nord, Chambre de commerce et d’industrie des Moulins, Chambre de commerce de la MRC de l’Assomption, Chambre de commerce et d’industrie Vallée-du-Richelieu-Rouville.
À propos d’Aviseo Conseil
Aviseo Conseil est une firme-boutique montréalaise de conseil en stratégie et en économie qui accompagne depuis 2015 les organisations privées, publiques et institutionnelles du Québec dans leurs décisions stratégiques. Son équipe d’économistes et de stratèges réalise des analyses économiques indépendantes, des études d’impact et des travaux de prospective.
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Source et renseignements :
Valérie Vézina
Directrice générale adjointe
Chambre de commerce de l’Est de Montréal
vvezina@ccemontreal.ca
(514) 814-0143